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SUGAR DADDY OU PAPA-CARAMELISME – 2EME PARTIE: QUELLE PLACE DANS LES MŒURS ?

Par Kader. S.

« Le talent de prêcher la morale aux autres

Est une chose que tout le monde

Peut aisément acquérir.

Mais pratiquer soi-même la vertu,

Voilà ce que peut seule une âme d’élite ».

HITOPADESA

Proverbe sanskrit – IXème siècle.

Temps de lecture – 3 à 4 minutes

Dans le précédent article de cette série, nous avons tenté de définir ce qu’était une relation de type « Sugar Daddy » (ou Papa-caramélisme ou encore « Père-sucrerie »). Nous avions abouti à l’idée que « […] les relations de types « sugar daddy » sont des relations dans lesquelles des hommes d’un âge mûr (au minimum entre 35 et 40 ans) entretiennent matériellement de jeunes femmes de 15 à 20 ans leurs cadettes (en moyenne), en échange de prestations de type Escort : compagnie + sexe […] » ; et que cette définition était valable pour des femmes plus âgées et des hommes plus jeunes (« Sugar Mommy » ou « Maman-Caramel » ou « Maman Sucrée »), comme pour les relations homosexuelles.

Mais le sujet, au-delà de la définition, fait beaucoup parler dans la société. Il faut dire ce type de relation n’est pas bien vu et ce pour diverses raisons.

L’objectif de cette seconde partie est de savoir si ce type de relation revêt un caractère potentiellement répréhensible pénalement ; et par ailleurs de déterminer le « pourquoi » de ce jugement moral si sévère.

2- PAPA CARAMÉLISME ET DROIT

Oui je sais… Avec moi, on finit toujours par parler de droit, je sais… Mais c’est toujours important de bien poser un cadre. Sinon la structure ne sera jamais solide. Et quitte à bien poser un cadre, autant qu’il soit droit.

Toutefois on ne va pas y aller par quatre chemins, ni par trente-six. On va en prendre un seul.

Celui qui permet d’affirmer qu’en Côte d’Ivoire (ainsi que dans de nombreux pays du monde), NON… IL N’Y A RIEN D’ILLEGAL DANS UNE RELATION ENTRE UN HOMME ET UNE FEMME DÈS L’INSTANT OÙ LES DEUX SONT MAJEURS ET CONSENTANTS. C’est clair pour tout le monde ? Bon.

Vous l’aurez quand même compris si vous êtes observateurs… ils sont vraiment mignons sur la photo.

Plus sérieusement, il y a des conditions à la licéité de la relation.

D’abord la majorité.

Quand on parle de majorité, on parle quand même de majorité r-é-v-o-l-u-e. C’est-à-dire que toi, la jeune femme qui me lit, tu dois avoir fêté ton 18ème anniversaire avant de prendre un tonton comme Papa-Caramel.

Donc les Papas-caramel là… Vous devez veiller à ce que votre « bonne petite » ait ses fêté son 18ème anniversaire avant de « commencer les affaires ».

Ensuite la deuxième condition, c’est le consentement.

En clair, chacun des deux partenaires doit avoir donné librement son accord. Sans contrainte et sans manipulation. Le jeune garçon qui prend une tantine[1] comme « Maman-sucrée », ne doit pas avoir été contraint à le faire. Ce doit être une décision libre en pleine conscience et en connaissance de cause, comme on aime si bien le dire.

Toutefois, dans ce type de relations, la question du consentement – qui doit être libre, délibéré et entier – se pose véritablement. En effet, il est difficile d’y déterminer l’équilibre des rapports. Le lien entre le plus âgé et le plus jeune peut revêtir des aspects de manipulation et d’emprise. Concrètement le plus jeune peut être contraint, sans s’en rendre compte; le partenaire le plus âgé induisant une composante insidieuse ou influente dans la relation. Grâce à l’argent, il maintient ainsi et de fait, une emprise sur le plus jeune qui n’aura d’autres choix que de se conformer aux exigences du partenaire le plus âgé. Les cas existent et font constellation.

Toutefois retenons qu’ordinairement, une relation de type sugar-daddy libre et consentante est réputée licite, au regard du droit applicable[2].

Mais si la relation de type « sugar-daddy » est licite, pourquoi le sujet fait-il autant jaser ?

2- A – Le « papa-caramélisme » : une relation fondée sur un échange « Argent <—> Sexe« 

Le sujet fait fait couler beaucoup de salive parce que s’il ne pose pas de problème de licéité, il pose dans l’entendement collectif et sociétal des problèmes de légitimité.

Il y a deux composantes qui caractérisent la relation de type sugar daddy : l’argent et le sexe. Ces deux éléments interagissent dans la relation sous la forme d’un échange : l’argent d’un côté, qui est donné en échange de faveurs sexuelles, de l’autre côté.

Une relation entre un homme et une femme, qui sort du cadre professionnel, de ceux de l’amitié, de la fraternité et de la filiation, est supposée revêtir une dimension sentimentale et émotionnelle : l’Amour.

D’ailleurs, en dehors des relations professionnelles, toutes les autres formes de relations évoquées suggèrent une inclination mutuelle sentimentale. Et c’est cet environnement sentimental qui doit servir de lien de causalité à tout le reste : argent et sexe notamment (à l’exclusion par nature des relations fraternelles et filiales ; mais c’est un autre débat), etc.

Or ici, nous avons affaire à une relation qui n’a pas pour fondement cette réciprocité sentimentale, mais simplement ce que l’on pourrait qualifier, à défaut de « bons », en tout cas d’échange de procédés : de l’argent contre du sexe ou inversement.

Et c’est bien cela qui est fustigé par la société. En effet ce type de relations s’apparente à ce que la plupart des gens prennent pour une forme déguisée de prostitution. Car Oui ! Dans la prostitution, c’est aussi de l’argent contre du sexe.

D’après le Larousse en ligne, la prostitution est un « […] acte par lequel une personne consent habituellement à pratiquer des rapports sexuels avec un nombre indéterminé d’autres personnes moyennant rémunération »[3].

L’argent dans le cadre de la prostitution est considéré comme une rétribution, c’est-à-dire le prix payé pour un service (une prestation) rendu(e).

Lorsqu’on compare cela au « papa-caramélisme », il est en effet compliqué de faire la différence car à peu de choses (et peu de mots) près, la situation est la même. Toutefois, comme nous l’avions noté dans la première partie, la prostitution évoque une dimension ponctuelle et un pluralisme des partenaires, là où le « papa-caramélisme » se caractérise par la pérennité dans le temps et la singularité du partenaire.

La différence à beau exister, cela ne change rien à l’affaire…

Ainsi les relations de type « sugar-daddy » (ou sugar-mommy) sont-elles perçues comme une forme exclusive de prostitution, c’est-à-dire de jeunes prostituées qui n’ont qu’un seul client. Et c’est cette perception qui alimente le rejet à la fois moral et sociétal de cette forme de relation ; la prostitution (à laquelle est assimilée la « Père-sucrerie ») étant considérée dans de nombreux pays du monde comme « un problème public »[4].

Par ailleurs, il y a aussi dans l’idée collective alimentant les réflexions, la pensée selon laquelle la pratique de ce type de relations avec des hommes âgés et riches par de jeunes femmes, est en réalité une expression de la décadence morale de la société devant l’argent, couronné Roi. L’écart d’âge entre les partenaires, plus qu’une simple caractéristique, est une véritable circonstance aggravante de ce comportement constitutif d’un écart moral total.

De jeunes femmes feraient donc selon certains un commerce déguisé de leur corps dans l’unique but de satisfaire un matérialisme aussi difficile à contrôler que la libido de leurs « Papas ». Elles seraient ainsi coupables d’avoir choisi « la voie de la facilité » ; sans cependant qu’il ne soit clairement exprimé ce que l’on entend par « voie de la facilité ». En effet en quoi cela est-il « peu glorieux »? Et surtout quelle est la voie de la difficulté et quelle récompense il y a à la choisir… si ce n’est d’éviter d’être pointé par le doigt accusateur d’une société dont les mentalités répriment ce genre de comportements, estampillés « Symboles de l’amoralité »?

Vous l’aurez remarqué au point d’interrogation, il s’agit d’une vraie question qui doit être traitée dans le débat public. Moi en réalité, je n’en ai aucune idée.

Nous poursuivrons cette réflexion sur une troisième et dernière partie à venir. On y traitera des dérives du « Papa-caramélisme » (proxénétisme) et on terminera avec une brindille de philosophie sur une question importante : Qu’y a-t-il de mal dans les relations Argent <—> Sexe ?


[1] En fait on dit « tantine » et non pas « tantie ». Le dernier mot est une déformation de « tantine ».

[2] Bien-entendu, on aurait pu traiter de pays ou d’environnements où la religion occupe une place importante, mais généralement ce type de phénomène de société y sont rares et souvent réprimés. Leur pertinence dans notre raisonnement serait limitée.

[3] Voir > https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/prostitution/64497

[4] P.a.p.l > https://fr.wikipedia.org/wiki/Prostitution


© Crédits Images – Par ordre d’apparition

1- womensweb.in

2- Pinterest – Banque d’image

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