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SUGAR DADDY OU PAPA-CARAMÉLISME – 3EME ET DERNIÈRE PARTIE : DÉRIVES ET QUESTIONS PHILOSOPHIQUES

Par Kader S.

« On dit que l’argent

Ne fait pas le bonheur.

Peut-être…

Mais en tout cas, il vous permet

De choisir le genre de misère

Que vous préférez ».

Pierre-Jean VAILLARD

Temps de lecture – 6 à 7 minutes.

Dans le deuxième de cette série de trois articles consacrés au « Papa-Caramélisme » nous avons abordé l’aspect moral du « phénomène ». Nous en étions restés à une problématique dont nous avions estimé qu’elle avait toute sa place dans le débat : que doit-on entendre par « voie de la facilité » et en quoi est-ce répréhensible de choisir cette voie ? Quelle est la voie de la difficulté et quel mérite y a-t-il à la choisir ? Quelle est la valeur du jugement moral de la société sur les jeunes filles et les jeunes hommes qui font ce choix ?

Vous n’avez pas lu la première partie de la série ? Faites le détour de 3 minutes en cliquant ici. SUGAR DADDY OU PAPA-CARAMÉLISME – 1ERE PARTIE :TENTATIVE DE DÉFINITION D’UNE REALITE SOCIÉTALE.

En réalité – et je vous l’affirme d’entrée – aucun article, ni aucun débat ne pourra trancher définitivement ces questions. La liberté de penser influencée par les mœurs de la société et les choix des individus conditionnera toujours les opinions de tout un chacun.

Personnellement je ne pense pas que vous, ni moi, soyons juges de paix sur ces questions. Le débat restera ouvert, sempiternellement.

Mais, une chose est certaine, les relations de type « sugar-daddy » intègrent la composante financière. Les hommes d’un certain âge qui peuvent se permettre d’entretenir de jeunes femmes en échange de faveurs d’ordre sexuel offrent souvent des rétributions financières qui dépassent (de loin) parfois le salaire moyen au pays.

Gagner de l’argent en échange de faveurs sexuelles, sans que cela soit véritablement pris pour de la prostitution (même si l’assimilation est facile), développe un attrait particulier chez les jeunes femmes. C’est en effet la perspective d’acquérir « facilement » de l’argent afin de pouvoir s’acheter un confort matériel immédiat – inaccessible autrement – qui attire de plus en plus la jeunesse féminine à souscrire au « Papa-caramélisme ».

Bien entendu, des entrepreneurs y ont vu le moyen de tirer profit. Ainsi de nombreuses structures proposent, sous la forme de sites internet de rencontres, des services de mise en relation entre de jeunes femmes et des hommes mûrs dans le cadre d’une relation de type sugar-daddy. Bien évidemment cela pose des questions philosophiques et, d’emblée, juridiques.

Vous n’avez pas non plus lu la deuxième partie? Rattrapage de 4 minutes obligatoire! C’est par ici SUGAR DADDY OU PAPA-CARAMELISME – 2EME PARTIE: QUELLE PLACE DANS LES MŒURS ?

3- LES DÉRIVES DU « PAPA-CARAMÉLISME » : VERS LE PROXÉNÉTISME ?

Comme dans la première partie, on va faire court et simple. La prostitution n’est pas réglementée, ni même interdite en Côte d’Ivoire (en France, la prostitution n’est pas interdite, mais les clients sont pénalisés). On imagine que le législateur ivoirien, au regard des réalités sociétales, n’a pas encore trouvé la méthode d’édiction législative adaptée pour encadrer cette pratique[1]. Probablement parce qu’il estime qu’elle relève plus du champ de la morale personnelle plutôt de la loi. En tout cas, les questions liées à la débauche sexuelle demeurent en quasi-totalité et à ce jour exclusivement associées au champ de compétences des politiques sociales.

En quasi-totalité seulement… Car le proxénétisme en revanche, fait l’objet d’une répression pénale en Côte d’Ivoire – Article 358 du Code pénal.

D’après ce même texte, le proxénète est la personne qui « […] d’une manière quelconque, aide, assiste ou protège sciemment la prostitution d’autrui ou le racolage en vue de la prostitution ; [qui] sous une forme quelconque, partage les produits de la prostitution d’autrui et reçoit des subsides d’une personne se livrant habituellement à la prostitution ; [qui] vit sciemment avec une personne se livrant habituellement à la prostitution et ne peut justifier de ressources correspondant à son train de vie ; [qui] entraîne ou entretient, même avec son consentement, une personne même majeure en vue de la prostitution ou la livre à la prostitution ou à la débauche ; [qui] fait office d’intermédiaire à un titre quelconque, entre les personnes se livrant à la prostitution ou à la débauche et les individus qui exploitent ou rémunèrent la prostitution ou la débauche d’autrui ». Voici pour la loi.

On peut en conclure que dans le cadre des sites de rencontres classiques, si le but est de proposer un service permettant aux personnes qui s’y inscrivent d’interagir et de « se rencontrer » afin de nouer une amitié, une relation amoureuse, etc., il n’y a pas à proprement parler de commerce lié à la prostitution. Ces sites ou ces services ne proposent pas de mettre en relation des femmes et/ou des hommes dans le cadre d’un échange Argent – Sexe.

Cependant, on observe de plus en plus de sites proposer des rencontres entre les jeunes femmes et les hommes âgés dans le cadre de relations de type sugar-daddy. On parle alors de « sugar-dating » (traduction : rencontre sucrée ; à vue de nez ça semble déjà un petit peu moins licite). Peut-être que sur le principe il n’y a rien d’illégal. Sur le principe seulement. En effet, lorsqu’on applique la définition du Papa-caramélisme à l’activité de ces services, il y a en effet une problématique juridique qui se pose. Les relations de type sugar-daddy sont fondées sur un échange Argent – Sexe. Mettre en contact de jeunes femmes avec des hommes âgés (ou l’inverse) en vue de relations que l’on sait pertinemment fondées sur un échange économico-sexuel et toucher une commission ou être payé pour ce service, s’apparente à du proxénétisme et mérite une exploration pénale.

Ces services se défendent en affirmant qu’ils ne font que mettre en relation des personnes, comme le ferait n’importe quel site de rencontre. Mais la pilule passe mal. Aux Etats-Unis par exemple, le débat sur le « Papa-caramélisme » a fait rage au sein du Congrès. Certains parlementaires y voient du proxénétisme quand d’autres perçoivent simplement une relation librement consentie entre des hommes âgés et de jeunes femmes. Le leader américain et mondial, Seeking Arrangement, défend cette seconde hypothèse. Il faut dire qu’avec 4,3 millions d’euros (soit 2,82 milliards de FCFA – Chiffre d’affaire datant de 2012 et qui a largement explosé depuis), tous les moyens sont bons pour ne pas tomber sous le coup de la répression pénale.

Pourtant l’accueil du site internet du leader mondial (que vous pouvez voir ci-dessus) laisse peu place à l’équivoque.

Les personnes visées sont les étudiantes – des femmes très jeunes donc – à qui il est vivement recommandé de ne pas contribuer à l’augmentation de la dette étudiante[2] en s’inscrivant sur le site afin d’être mises en relation avec un sugar-daddy qui sera leur « sponsor ». La contrepartie de ce sponsoring n’est pas présentée, mais à ce stade de la réflexion, nous imaginons aisément de quoi il retourne. Il y a même un compteur de la dette sur la page[3]. A mon avis il a une double fonction : celui de catastropher la visiteuse, mais aussi de la déculpabiliser des fois qu’elle serait mal à l’aise. Après tout s’inscrire sur ce site et avoir un sugar-daddy c’est lutter contre la dette étudiante. Drôle de raccourci… Surtout que Seeking Arrangement se définit comme étant « […] le plus grand site de rencontres sur le [papa-caramélisme] au monde, avec 22 millions de membres […] à la recherche de relations mutuellement bénéfiques. Notre approche directe de la rencontre correspond aux besoins modernes et continue de développer notre communauté d’adultes partageant les mêmes idées qui croient que le bonheur est plus important que les jalons de rencontres traditionnels ».

En joie…! Je vous laisse vous faire votre opinion.

Mais croyez-moi ce n’est rien à côté des « moyens » que ce site internet met en oeuvre pour attirer du monde. Florilège…

Dans la vidéo, Seeking Arrangement est dépeint comme LA solution aux problèmes de la dette étudiante américaine. En plus, ces magnifiques photos présentent la vie que beaucoup rêveraient d’avoir. Et pour cela une simple « relation mutuellement bénéfique » avec un Papa-Caramel ou une Sugar-Mommy suffit.

Franchement, jeunes filles et jeunes hommes, si après cette magnifique présentation vous n’avez pas envie vous aussi d’une « relation mutuellement bénéfique », je ne comprendrai pas… (Rires)! Le site est mondial, pour ceux que ça intéresse, je mets les liens en fin d’articles. C’est cadeau! Ne sait-on jamais… la réalisation de vos rêves vous attend.

Et ailleurs dans le monde, comment ça se passe? Eh bien… Assez différemment finalement.

En France et en Belgique, les structures qui proposent ces services font actuellement l’objet de poursuites pénales pour proxénétisme en bande organisée. Là, vous comprenez tout de suite que ça ne déconne plus.

Il faut dire que la campagne publicitaire du site internet « Rich Meet Beautiful » (voir image ci-dessus) a choqué les mœurs (on y revient toujours) et attiré l’attention de la justice sur la réalité du service proposé.

En effet, que quelques fois ces histoires peuvent dégénérer. Si le Papa-caramélisme n’est pas considéré comme de la prostitution à proprement parler, il peut bien évidemment conduire les jeunes femmes imprudentes sur le terrain glissant de la débauche sexuelle.

En Afrique et en Côte d’Ivoire notamment, il n’existe pas, à ma connaissance, de véritables de services internet de ce type. Mais les réseaux sociaux ouvrent ces perspectives. Des groupes y sont créés dans le but de favoriser le contact et la mise en relation d’hommes âgés et de jeunes femmes (ou de femmes âgées et de jeunes hommes) dans le cadre du « Papa-caramélisme » (ou « Sugar-Mommy »). Les preuves sont difficiles à rassembler. Mais on peut bien évidemment évoquer le proxénétisme dans un tel cas de figure.

La société, la morale, la justice… Tous ne perçoivent pas forcément d’un bon œil les relations « classiques » homme-femme conditionnées uniquement par le sexe et l’argent. La prétendue amoralité de la chose, que l’on considère davantage pervertie quand il s’agit de relations de type sugar-daddy, est à l’origine de ce jugement assez péjoratif, vous l’aurez compris.

Si l’aspect économico-sexuel des relations entre les hommes et les femmes fait tant parler, notamment en matière de « Papa-caramélisme », il faut tout de même rappeler qu’il est aussi vieux que l’humanité elle-même.

4- DES FEMMES, DES HOMMES, DE L’ARGENT ET DU SEXE : UNE COMBINAISON QUI EXISTE DEPUIS LONGTEMPS…

Le débat pourrait se résumer à une seule question… Qu’y a-t-il de scandaleux à ce qu’une femme recherche un homme pour de l’argent, en échange de son corps ?

Je sais que posée de cette façon, la question semble provocatrice, voire agressive ; et bien entendu, comme vous tous – je pense – j’ai reçu une éducation selon laquelle le commerce financier du corps est une chose avilissante. Je ne vous cache pas que c’est une valeur à laquelle je suis fermement accroché, comme – je pense – nombre d’entre vous.

Je crois toutefois que cela ne doit pas occulter la réflexion ouverte que nous avons le devoir de mener sur cette question[4].

Parce qu’en effet, la relation homme-femme a toujours fait l’objet d’un déséquilibre, non pas naturel, mais sociologique. D’un côté les hommes qui se sont appropriés par la force toutes les richesses de la nature et de l’autre, les femmes qui ont été chargées physiologiquement par cette même nature – avec le concours des hommes bien-entendu – de la perpétuation de l’espèce humaine et d’une grande part de son éducation.

Les hommes offrent en quelques sortent ce dont les femmes ont besoin pour assurer cette mission essentielle à la survie de l’espèce : un foyer, une protection, de la nourriture et la constance dans la fourniture de ces éléments. En échange, la femme assure une compensation sentimentale et physiologique d’ordre sexuel entre-autres, porte les enfants et assure une bonne part de leur éducation.

A ce stade, je veux qu’on soit clairs. Je ne crois absolument pas que le rôle des femmes soit de restées cloîtrées à la maison à faire des enfants, servir de défouloir sexuel à leurs maris et s’occuper du ménage. Je suis profondément ÉGALITARISTE. Je crois fermement en une égalité naturelle, citoyenne, civique et sociale, entre les hommes et les femmes, en la liberté dont devraient bénéficier également tous les êtres humains. Je suis cependant conscient que cette égalité ne se traduit pas sociologiquement et que dans ce rapport de force, les femmes sont celles qui trinquent.

Je prie donc que ma vision essentialiste ne vous blesse pas ; son exposition a pour objectif de placer le cadre de la discussion telle que je la perçois. Je ne m’y attarderai pas. Je ne m’attends pas non plus à une effusion de joie commune avec les « féministes des jours heureux » dont je ne parviens pas toujours à bien situer le positionnement philosophique ; mais dont toutefois je ne doute point de l’engagement.

Je ne fais que reprendre à mon compte, le postulat féministe-matérialiste de la célèbre anthropologue Paola TABET.

Elle dit ceci en substance : « […] Dans un contexte général de domination des hommes sur les femmes, les rapports entre les sexes ne constituent pas un échange réciproque de sexualité. Un autre type d’échange se met en place : non pas de la sexualité contre de la sexualité, mais une compensation contre une prestation, un paiement contre une sexualité largement transformée en service […] »[5].

C’est donc un rapport de domination qui gouverne les relations entre les hommes et les femmes. Les hommes possesseurs quasi-exclusifs de ce pouvoir de domination grâce aux biens matériels qu’ils se sont appropriés – l’argent – soumettent les femmes en conditionnant leur accès à cet argent, par un accès à leur sexualité.

Le philosophe Belge, François DE SMET va plus loin dans cette perspective : « […] Elles offrent leur corps, leur sexe, leur fertilité et eux, les mâles, en échange, donnent leurs richesses, puissance et protection. Tels sont les ressorts des rapports que nouent les femmes et les hommes depuis des millénaires. […] Pour assurer la perpétuation de leurs gènes, les hommes cherchent des femmes jeunes et en bonne santé – la beauté [se] manifestant [par] ces deux spécificités – tandis que les femmes optent pour des partenaires plus âgés, puissants et dotés de moyens financiers car portant les enfants et les élevant pendant les premières années, elles doivent opter pour des hommes qui peuvent les protéger et leur assurer de bons moyens de subsistance. Et si ces mâles sont dominants et puissants, c’est encore mieux car ils offriront de gènes agressifs aux enfants qui sont indispensables pour survivre dans le monde hostile ».

Il poursuit en affirmant que les femmes ont pu faire preuve de domination et de choix : « […] Les femmes ont intériorisé la domination qu’elles subissaient et ont cherché à en tirer parti en valorisant ce qu’elles avaient – leur corps – pour obtenir les avantages matériels que se sont appropriés les hommes. […] Si vous prenez un angle évolutionniste, il est autorisé de suggérer que les femmes ont aussi exercé une forme de domination, de manière plus feutrée. N’est-ce pas elles qui en dernière instance choisissent les hommes, ou se font choisir par eux ? ».

Une chose est certaine, c’est que le déséquilibre dans les relations entre les hommes et les femmes est réel. Mais s’il est à l’origine de situations relationnelles telles que le Papa-caramélisme (je prends un raccourci intellectuel), les hommes ne sont pas les seuls à en avoir profité. Il y a donc un vent vicieux qui attise cet incendie que la société s’acharne à éteindre à coups de rappels à la morale.

Y parviendra-t-elle? Rien n’est moins sûr… Rappelons nous que pour Seeking Arrangement, le Papa-caramélisme: c’est la relation de demain…

La discussion est intéressante mais il est temps de conclure mon propos pour laisser place au débat sans toutefois omettre de dire que le phénomène des relations liées au Papa-caramélisme, (ou « Père-sucrerie » ou « Sugar-daddy ») pose des questions morales, sociales, juridiques et philosophiques. Les jugements moraux foisonnent, mais les vraies questions (et les vraies réponses) sont peut-être à chercher ailleurs, au niveau des mentalités sociétales.

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[1] Probablement aussi parce que le législateur estime aussi que cette question relève plus du domaine de la morale sociétale que de la loi (même si la loi pénale prévoit un pan consacré aux « atteintes aux mœurs »).

[2] En effet aux Etats-Unis, si l’on ne bénéficie pas de bourses d’études sur la base des capacités intellectuelles ou sportives, et que l’on souhaite poursuivre des études à l’Université, il faut : soit être issu d’une famille capable de vous aider à supporter les frais colossaux en la matière ; soit contracter un prêt comme la grande majorité des étudiants.

[3] Compteur qui s’écoule toujours.

[4] Je pourrais en faire une série entière de trois articles (et d’ailleurs, peut être que je le ferai…). Mais la réflexion ici sera plus synthétique.

[5] Paola TABET, La grande arnaque. Sexualité des femmes et échange économico-sexuel, p. 83


Crédits Images – Par ordre d’apparition

1- Pinterest – Banque d’image

2, 3, 4, 5, 6 – Seeking Arrangement. Pour aller plus loin (Rires), voir aussi

> La description du Sugar-Daddy selon Seeking Arrangement

> Le site américain qui fait une part belle aux « étudiantes » afro-américaines. En joie!

7- AFP, via Liberation. Pour aller plus loin au sujet de cette affiche publicitaire, voir ici

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