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VIOLENCES CONJUGALES : VICTIMES DES COUPS, « VICTIMES » DE LA SOCIÉTÉ.

Par Kader S.

« Trop de personnes croient que la liberté est gratuite alors qu’elle se paie, au contraire, un prix élevé, celui du devoir et de la responsabilité ».

Françoise GOURDON

in « Tant qu’il y aura la peur ».

Dans une vidéo amateur tournée dans la nuit du Jeudi 16 Avril 2020 et devenue virale sur les réseaux sociaux, on voit une femme suspendue au balcon d’un appartement au 3ème étage d’un immeuble à Abidjan. La femme finira par tomber. Elle sera amortie une première fois par le parasol du balcon du 1er étage avant de finir sa chute dans la niche des compteurs à eau au bas de l’immeuble. La scène se serait déroulée aux alentours de 3h du matin. Elle sera ensuite secourue par des témoins oculaires et transportée aux urgences. Elle s’en sortira a priori sans graves séquelles. Etant donné la hauteur depuis laquelle elle chute, sans le parasol du 1er étage qui annihile l’essentiel de l’énergie cinétique, cette femme aurait très probablement rencontré son destin final cette nuit-là.

La vidéo a beaucoup choqué et l’opinion publique s’est énormément interrogée et émue de la situation.

1- ACCIDENT DOMESTIQUE SUR FOND DE VIOLENCES CONJUGALES ? LES FAITS

Le premier témoignage sur les faits ayant conduit à ce drame qui aurait pu avoir des conséquences tragiques vient de la vidéo elle-même. La femme se serait jetée par-dessus le balcon pour échapper aux coups de son mari. Ce dernier la retient par les poignets alors qu’elle est suspendue dans le vide, en danger de mort.

Une voix dans la vidéo[1], celle d’une femme, dénonce alors : « […] Mais c’est ce qu’il voulait… Il va la battre toute la nuit… […] Quand tu partais avec elle, je t’ai dit « Ne la bat plus… » ».

Une autre voix, celle d’un homme, s’indigne à son tour : « […] Depuis combien de temps… Il ne fait que la frapper… ».

Et la voix de la femme témoin, de reprendre désabusée : « […] C’est par là ça va se terminer… Tu veux la tuer non ? Elle va mourir… Regarde comment elle est frêle et regarde comment toi tu es et puis tu la bats depuis… ».

D’autres voix, périphériques, s’écrient alors : « Eeeeh ! elle va tomber… »

Puis on entend la voix de l’homme incriminé par les commentaires des voisins, enjoindre à sa femme qu’il retient par le poignet : « […] Attrape le balcon, je ne peux plus te retenir… Ta main est en train de glisser… Attrape ! Attrape !  Hey ! ».

Mais celle-ci ne semble réagir que très lentement, paradoxalement à l’urgence de la situation.

Dans un ultime effort, elle essaie de s’accrocher à la mini rambarde du balcon… On peut presqu’entendre ses sanglots… Mais elle a du mal. Elle essaie de prendre appui sur le parasol du balcon du 2ème étage, mais il n’est pas assez solide et elle y patine…

L’homme qui la retient, reprend alors : « […] Mets ta main en haut ici… Mets ta main haut ici… ».

La première voix de la vidéo, celle de la femme qui assiste à la situation depuis l’immeuble en face, espère alors : « […] Le voisin d’en dessous-là était sorti tout à l’heure… S’il pouvait ressortir [à son balcon, ndlr] … ». Puis alors que la gravité fait son effet, amoindrissant les espoirs de remontée de la malheureuse au balcon du 3ème étage, elle s’écrie : « […] Pardon, l’autre-là n’a qu’à sortir… elle va tomber… ».

Et d’autres voix de témoins oculaires s’écrient également, choqués par ce qui semble désormais inéluctable.

La malheureuse lâche prise et chute… vite ! Heureusement, elle est amortie par le parasol du 1er étage qui tient encore bien avant de retomber dans la niche des compteurs à eau.

Elle n’a pas perdu connaissance, mais semble sérieusement sonnée – K.O. en fait – et choquée.

Elle essaie de sortir de la niche, mais éprouve beaucoup de difficultés, à se remettre débout.

La femme témoin adresse alors en direction du mari : « Merci… Beaucoup ! », puis d’ajouter « Il faudra appeler la Police. […] Elle est sortie et est rentrée dans l’église derrière là-bas, il est allé la chercher… pour la faire remonter [dans l’appartement du 3ème étage, ndlr], c’est pour la battre… Viens la prendre maintenant ?! ».

Curieusement – mais probablement à cause de l’heure tardive[2]– personne ne s’est dépêché auprès de cette pauvre femme au sol. Pas même deux personnes qui, malgré l’heure et le couvre-feu en vigueur étaient à simplement deux (2) mètres d’elles et qui ne sont pas intervenus : l’une d’entre elle, un homme vêtu de blanc, gardant oisivement et étonnamment ses mains dans ses poches, puis rentrant chez lui comme si de rien était ; alors que gît sur le sol cette pauvre femme éprouvée par la chute qu’elle vient de subir.

Un homme[3] se dépêche alors auprès d’elle et l’aide à se relever, sans le moindre examen de base. Mais il la tient par l’épaule et s’éloigne avec elle, qui boitille… La vidéo s’arrête sur cette séquence.

Cette vidéo de prime abord choquante pose plusieurs questions. L’une d’entre elle est relative au délit de non-assistance à personne en danger. Et cette question a fait couler beaucoup d’encre.

Voyons ensemble de quoi il retourne.

               1-A – DE LA NON ASSISTANCE A PERSONNE EN PÉRIL (OU DANGER)

Le Code Pénal ivoirien en son article 391 dispose que :

« Est puni d’un emprisonnement de trois (3) mois à cinq (5) ans et d’une amende de cinquante mille (50.000) FCFA à cinq cents mille (500.000) FCFA, quiconque s’abstient volontairement de porter à une personne en péril l’assistance que, sans risque pour lui ni pour les tiers, il pouvait lui prêter, soit par son action personnelle, soit en provoquant un secours[4]. Ces peines sont portées au double si le coupable avait l’obligation professionnelle ou contractuelle de porter assistance ou secours à la victime ».

Il est question ici de déterminer donc deux critères essentiels pour les témoins de ce drame : le péril et la faculté de porter secours sans risque.

> A la question de savoir si le péril est constitué pour la victime, nous pouvons répondre sans équivoque par l’affirmative.

En effet, suspendue à près d’une dizaine de mètres du sol et étant incapable de remonter par elle-même, la chute de cette hauteur aurait tout simplement pu causer de graves séquelles physiques à cette dame ; voire lui être fatale. Elle était donc dans une situation où son intégrité physique était directement menacée par le risque imminent de chute. Le péril est constitué.

> A la question de savoir si les témoins avaient la faculté de porter secours sans risque pour eux-mêmes, leurs biens ou les tiers, la réponse est plus complexe et différente selon les personnes.

Nous choisirons donc, eu égard à la vidéo, trois groupes de témoins : les voisins d’immeuble, l’auteur de la vidéo et la femme qui a commenté la scène, et les deux personnes qui étaient à côté de la malheureuse à l’issue de sa chute.

Il faut noter pour commencer que la vidéo dure 2 minutes et 17 secondes. Mais il est probable que l’action ait été plus longue car quand la vidéo démarre, la femme est déjà suspendue par le balcon. Il est vrai qu’aujourd’hui l’on déclenche la caméra de nos smartphones avec une rapidité comparable à celle des meilleurs Colts du Far West au XIXème siècle ; pour autant nous sommes encore loin de leur spontanéité. En ne considérant que le temps de la vidéo – en l’absence d’autres témoignages – ainsi que le fait que la victime, lâche prise après 1 minutes et 34 secondes ; on peut considérer que ceux qui avaient le pouvoir d’intervenir avant la chute avaient à minima, quatre-vingt-dix (90) secondes pour le faire.

Enfin, nous tenons également compte du fait qu’il y a deux séquences d’intervention possible : lorsque la victime est encore suspendue dans le vide puis les premiers instants après sa chute.

  • Les voisins d’immeuble

Physiquement, ce sont les plus proches de l’action. Selon un témoignage concordant[5], ils étaient plus ou moins au courant de ce qui se passait. Un voisin d’immeuble a d’ailleurs clairement témoigné : 

« […] Je suis allé toquer à sa porte et il [le mari présumé violent, ndlr] a refusé de m’ouvrir, il a plutôt ouvert la fenêtre pour me parler. Je lui ai dit d’arrêter de la battre, parce qu’il se faisait tard et qu’on avait besoin de se reposer. Il a dit « Ok », qu’il avait compris. Je suis venu m’asseoir et j’ai donné dos à sa maison que vous voyez là. Etant assis je regardais de l’autre côté. La femme a pu s’échapper. Elle est allée sur la première dalle. Quand elle s’est échappée, elle n’a pas fait de bruit, donc je ne l’ai pas su. C’est lui qui, en la poursuivant, a fait un bruit. Je me suis donc retourné. Il a freiné… comme si c’était un jeu… il a dit « oorrrh chérie tu es où ? » et tout… Pour moi c’était donc quelque chose de banal, ça allait se régler. C’est après cette scène que je suis descendu. Je suis allé causer avec le vigile puisque je n’avais plus sommeil. Au bout d’un temps, on regarde en haut, on voit la jeune dame [qui] est suspendue. Elle était vraiment faible, elle n’avait aucune force. […] Il a battu la femme pendant plus d’une heure trente [une heure et demi, ndlr] avant qu’elle [ne] prenne cette résolution de se lancer [se jeter par-dessus le balcon, ndlr] ».

Ce témoignage est à la fois circonstancié et suffisamment clair. Il n’en est que plus édifiant.

Le premier élément qui saute aux yeux, c’est que la victime a subi pendant a minima une heure et demi la frénésie violente de son compagnon entre les quatre murs de la maison. Le témoignage du voisin d’immeuble montre clairement l’exaspération de celui-ci face à la situation (au point de la considérer comme banale). Pour autant, on s’interroge sur son inertie pendant une heure et demi. Surtout, lorsqu’avec le vigile, il voit la femme suspendue au balcon, on ne les voit pas ni lui, ni le vigile se dépêcher pour tenter d’amorcer un secours. Etant donné la hauteur de la chute, on peut estimer à juste titre qu’ils ont légitimement craint d’être blessés, ce qui les place dans l’angle mort de l’article 391 sur cette séquence.

Toutefois, la question reste posée pour ce voisin qui a assisté à cette scène de violences conjugales pendant une heure et demi et qui n’a pas levé le petit doigt ne serait-ce que pour mettre à l’abri la malheureuse. Surtout que l’on peut valablement estimer au témoignage dudit voisin, que ce dernier ne devait pas être le seul à éprouver des difficultés pour dormir si le passage à tabac a duré si longtemps, soit autant de temps pendant lequel les appels au secours de la jeune dame ont dû ameuter tout l’immeuble. Pourtant la vidéo montre bien qu’aucun voisin d’immeuble ne sort à son balcon proposer son aide. Etaient-ils tous si profondément endormis ? Difficile à croire…

Bien que circonstancié et assez solide, le seul témoignage du voisin s’avère insuffisant pour déterminer avec certitude que tous les voisins d’immeuble avaient plus ou moins la faculté d’agir. L’enquête devra s’attacher à le déterminer. Car une action préventive des voisins pour mettre à l’abri la jeune femme aurait pu lui éviter le péril auquel elle a dû faire face.

  • L’auteur de la vidéo et la femme aux commentaires

Ces personnes étaient dans l’immeuble en face. Si l’on tient compte uniquement de la durée de la vidéo, eux aussi avaient autour de 90 secondes pour porter secours à la victime. La femme aux commentaires témoignera, visage flouté, de manière concordante : 

« […] Elle s’est faufilée derrière les voitures [garées, ndlr], elle était en slip… avec quelque chose en main, pour moi c’était un morceau de pagne. Ça c’est une église en construction… donc elle est rentrée [par] là lorsqu’elle est arrivée à ce niveau. Le jeune homme [son mari, ndlr] est sorti, il était en « chokoto » [en short, ndlr], il était torse nu, il n’avait pas de chaussures aux pieds. Il l’a retrouvée. Je les revois qui ressortent par ici [la dame indique un endroit au bas de l’immeuble qu’elle habite et quasiment mitoyen du lieu du drame, ndlr]. C’est là [que] quand ils partaient, j’ai crié… Je lui ai dit : « Tu l’as retrouvée ce n’est pas pour aller la battre. Faut pas tuer enfant de quelqu’un » ; c’est comme ça [que] j’ai parlé en bonne ivoirienne. Donc il a mis sa main sur son dos… A les voir c’est comme [s’]il lui a demandé pardon… pour la ramener à la maison. Dès qu’ils sont arrivés [chez eux, ndlr] … ça [n’]a même pas… je peux dire [à peine, ndlr] le temps de fermer la porte, elle a commencé à crier à nouveau : « Au secours… ! Au secours… ! ». Après même elle disait [répétait] son nom [celui du mari brutal, ndlr] : « Pardon… ! Pardon… ! » Elle lui demandait pardon [mais] il continuait toujours de la battre. Et à un moment donné, elle a fui [et] elle est venue au balcon. Elle est descendue, puis elle a mis ses mains derrière le fer ici [le garde-fou, ndlr]. Donc tout son corps était dehors [dans le vide, ndlr], c’est là [que] lui il est sorti et il a attrapé ses mains. C’est quand il a attrapé ses mains que moi j’étais en train de parler dans la vidéo […] »[6].

Un autre voisin de l’immeuble en face témoigne à son tour, dos tourné à la caméra :

« […] Quand elle est tombée, moi aussitôt je suis descendu de l’immeuble puisque c’est en face que l’évènement s’est passé… je suis descendu automatiquement… pour pouvoir la secourir. Quand on est arrivé, le jeune en question qui l’a battue est descendu aussi par la suite. Il a pris son téléphone, il a appelé son ami… Son ami qu’il a appelé, il était ivre… Nous on a vu qu’il été saoul donc on n’a pas considéré sa parole puis on s’est tus ».[7]

Ces deux témoignages corroborent la vidéo ainsi que le témoignage du voisin en ce sens que le supplice de la victime a duré plusieurs heures. Mais personne dans le pâté de maisons n’a jugé utile d’intervenir directement et mettre à l’abri la malheureuse. Si les voisins de l’immeuble d’en face se retrouvent eux-aussi hors de la portée de l’article 391 du Code Pénal sur les deux séquences de la vidéo, on s’étonne toutefois qu’ils n’aient pas agi avant de manière préventive.

  • Le jeune homme en blanc et la dame à côté de lui

Sur la vidéo, on peut voir deux personnes à côté de la victime à l’issue de la chute qui aurait pu être mortelle. Un homme vêtu de blanc et une jeune dame, à côté de lui, vêtue d’un haut plutôt sombre et ce qui peut être perçu comme un pagne noué à la taille. Tous deux a à peine 2 mètres de la victime qui gît sur le sol. Pourtant les images montrent clairement qu’ils ne bougent pas d’un pouce auprès de la victime, se contentant de regarder hébétés la pauvre femme lutter pour sortir de la niche des compteurs à eau avec le peu de forces qui lui reste. Comme si leurs pieds étaient fichés dans des enclumes de 10 tonnes chacune et reliées entre elles par une barre pleine en fonte.

Le jeune homme avait les mains dans les poches, immobile, comme si elles y avaient été cousues. Pourtant, quelques secondes plus tard, alors que le vigile accourt, ils vont rentrer chez eux comme si de rien était. Ils avaient la faculté d’agir, ils étaient proches de la victime et pourtant ils n’ont rien fait. D’autres témoignages peuvent s’avérer nécessaire, mais dans un tel cas de figure, l’article 391 du Code Pénal devrait s’appliquer avec sa plus grande rigueur. Leur inconséquence est sidérante et leur inertie est désespérante. C’est à vous faire douter de la solidarité et de la spontanéité humaine.

De nombreux commentaires et prises de positions ont eu tendance à fustiger cette mise en cause des voisins sur le terrain de la non-assistance à personne en péril. Notamment au motifs :

> Que les voisins ont eu la présence d’esprit de contacter les secours afin que la victime soit épargnée.

J’ai presqu’envie de répondre : « Encore heureux que les voisins aient fait ce minimum ! C’est la loi !». Mais de mon point de vue, regarder pendant plusieurs heures un mari battre sa femme et faire preuve d’une si grande inertie est coupable. Bien entendu, je ne suis pas un procureur moral sans cœur qui veut voir ces personnes condamnées. Car, même si nul n’est censé ignorer la loi, nous ne sommes pas tous des spécialistes du droit pour connaître avec précision nos obligations selon les circonstances. Sans parler de la pression des mœurs qui commande aux gens de ne pas se mêler des affaires autres. Parce que oui, interférer dans les affaires d’un couple c’est une atteinte à la vie privée familiale en temps ordinaire. Toutefois, l’article 101 du Code Pénal éteint ce type d’infraction par le principe de l’état de nécessité. Ce qui signifie que même le couvre-feu en vigueur ne saurait excuser l’inertie de ces personnes.

Par ailleurs il faudrait vérifier au cas par cas que chaque individu visé par l’infraction à l’article 391 était bien en mesure d’intervenir : les cas de force majeure annuleraient la responsabilité pénale de certains ici.

Cependant je souhaite vivement que ce soit l’opportunité d’un rappel vigoureux à la loi en ce qui concerne l’assistance aux personnes. La non-assistance à personne en péril est un délit ! Ce qui signifie que ne pas prêter assistance à une personne qui est en péril alors même que ce prêt ne constitue ni pour nous, nos biens ou pour les tiers aucune forme de danger, fait de nous un délinquant passible de peines de prison ;

> Que sans les voisins, nous n’aurions pas eu cette vidéo du drame et des témoignages des faits.

Participer à la manifestation de la vérité est certes honorable. Mais cela ne constitue pas une immunité au point que systématiquement, il faille applaudir ceux qui le font et les ériger en héros. Bien évidemment je salue tous ceux qui ont eu la présence d’esprit de filmer et de se dépêcher auprès de la jeune femme après sa chute.

Mais ce n’est pas pour autant que l’on ne doit pas se poser des questions sur leur inertie pendant les 1h30 qui ont précédé cet incident et dont les témoignages de ces mêmes voisins valident l’hypothèse du passage à tabac sur une longue durée.

C’est au procureur, et à lui seul, de décider de l’opportunité des poursuites. Il n’est pas exclu qu’en raison de leur collaboration, il décide de ne pas les poursuivre pour non-assistance à personne en péril. Cela ne veut pas dire qu’au regard de la loi pénale, ces gens n’aient rien à se reprocher.

Peut-être trouvez-vous mon interprétation quelque peu rigide, mais la loi pénale n’est pas caractérisée par sa souplesse. Ceci d’autant plus que je souhaite (encore) rappeler qu’assister une personne en danger – au-delà d’être un geste d’humanité – est une obligation légale tant que cette assistance ne nous met pas nous-même en danger. Ne pas respecter cette obligation, est une infraction pénale. Point barre ! Peu importe si ce que vous faites après pour témoigner de votre bonne foi et de votre « citoyenneté » est pris en compte comme circonstance atténuante ou non par le parquet.

               1-B – DU REFUS DE LA VICTIME DE PORTER PLAINTE

La victime a été évacuée vers un établissement hospitalier et le mari interpellé par les forces de l’ordre. L’émoi suscitée par la vidéo dans laquelle on voit la faucheuse fermer de justesse le précipice funeste dans lequel cette pauvre femme tombe alors, aura un retentissement sérieux et attisera le débat sur les violences conjugales. Ceci d’autant plus que quelques jours avant, une campagne de dénonciation avait lieu sur les réseaux sociaux francophones. De nombreux compte arboraient un fond noir comme photo de profil afin de soutenir les femmes décédées à la suite de violences conjugales depuis le début de l’année 2020 dans le monde. Face à la crise pandémique du Coronavirus (COVID-19), les modes de manifestations publiques se réinventent aussi sur les réseaux sociaux.

De nombreuses personnes ont appelé à la condamnation immédiate et exemplaire de ce mari prétendument irresponsable. J’avoue que moi-même, incapable de contrôler mes émotions devant les violences faites aux femmes, j’ai lâché des mots très durs à l’égard de ces innombrables dans le monde qui s’adonnent à cette folie, en m’adressant en priorité à Monsieur T.D., mis en cause dans notre affaire.

Mais on apprendra plus tard que la victime, épouse de Monsieur T. D., a refusé de déposer plainte. Ce retournement de situation, du fait notamment de la gravité de ce qu’a subi la victime, en a surpris plus d’un. En effet tout le monde était persuadé que Monsieur T. D. n’échapperait pas à une peine de prison. Surtout que lui de son côté avait une version de faits assez peu cohérente

Un ami de Monsieur T.D., le mari mis en cause, témoignera de cette version, dos tourné à la caméra devant le commissariat du 38ème arrondissement[8] : 

« […] C’est une affaire de jalousie, elle se plaint de ce que son mari ne la satisfait pas. C’est ainsi [qu’]elle est allée… Comment dirais-je… Elle est sortie… Bon, l’endroit, je ne sais pas. Mais quand elle est rentrée, elle est venue ivre. C’est comme ça qu’il [le mari, ndlr] a trouvé sa femme. Et puis suite à cela, elle s’est chamaillée [avec son mari, au motif] qu’elle ne se sent pas… elle se sent lésée, son mari la trompe… C’est comme ça qu’elle a décidé de vouloir se donner la mort. En la saisissant [par-dessus le balcon], puisque le poids [de la dame] était important [et qu’elle] ne faisait pas l’action de pouvoir aider son mari [à la sauver] … Etant seul à supporter la masse de la femme, vraiment, il ne pouvait plus tenir… Il a donc perdu l’équilibre… »[9].

La victime, insatisfaite de la qualité de sa relation maritale, aurait bu de l’alcool, fait des reproches véhéments à son mari avant de tenter de suicider. L’incohérence de ces explications, doublée de l’expression erratique de l’interlocuteur (je vous invite à voir la vidéo) ne convainc pas grand monde.

Le parquet s’autosaisira d’ailleurs et ouvrira une information judiciaire dans le cadre de ce drame.

Pourtant, coup de théâtre ! Le lendemain, la victime fait poster une vidéo. On l’y voit, portant un masque de protection – COVID-19 oblige – et s’adressant à l’opinion et aux autorités publiques (forces de l’ordre, gouvernement, justice, etc.) :

« […] Bonsoir tout le monde. Vraiment, je suis dépassée. Sur ce qui s’est produit le Jeudi, vraiment mon mari n’a rien à voir dedans. C’est à cause de moi… C’est à cause de moi… C’est parce que j’ai bu… C’est sous l’effet de l’alcool que tout ça là est arrivé. Il ne m’a pas poussée, il ne m’a pas frappée. Il a essayé de me sauver… me sauver ! Il a essayé de me sauver. Vous-même quand regardez la vidéo, il a attrapé ma main… il a essayé de prendre mes deux mains. […] Je vous en supplie. Ministre si tu me regardes, président oh… je ne sais pas qui… Pardonnez ! Libérez mon mari, il est innocent. Il a essayé de me sauver, me sauver ! Je vous en supplie, aidez-moi. […] Les voisins, les quoi-quoi-quoi [les autres, ndlr], qui parlent, parlent… qui parlent, parlent…  Vous êtes là, vous avez vu quoi ? Rien ! Vous n’avez rien vu… Vous êtes en train d’augmenter [aggraver, ndlr] l’affaire, c’est quoi ? C’est moi-même [qui] suis la concernée. Je dis [qu’]il n’a rien fait et vous, vous venez faire quoi ? Vraiment je suis dépassée… Je demande pardon… Pardonnez… Venez… Aidez-moi à demander pardon pour qu’on le libère, je vous en supplie… Je vous en supplie… C’est ma vidéo qui est là… Pardon »[10/11].

La vidéo se termine avec des sanglots tout juste perceptibles de la concernée.

Avec de grands gestes elle essaie de dresser le portrait héroïque de son mari qui a volé au secours de l’inconsciente alcoolique qu’elle serait et qui est une personne totalement innocente des accusations qui pèsent contre lui.

Les réactions ont été nombreuses et majoritairement déçues à l’égard de cette victime. La quasi-totalité des personnes dont on pouvait consulter les avis ont été très sévères avec la victime, au point même de se reprocher d’avoir été émues par son cas.

De nombreuses « féministes de canapé » y sont également allées de leur commentaire acerbe, faisant littéralement porter le chapeau du fléau des violences conjugales à cette pauvre dame : « De nombreuses femmes souffrent et n’osent pas porter plainte. Toi tu as la chance d’avoir tout le monde qui te soutient et tu défends ton bourreau. Tu as raison ma chérie. C’est nous qui avons ton temps », ai-je pu lire sur les réseaux sociaux. De nombreux commentaires ressemblaient à celui-ci. Certains même faisaient des métaphores de mauvais goût en relayant la vidéo : « Je m’en « Ponce Pilate » » ; traduction : « Je m’en lave les mains ».

D’autres sont allés jusqu’à saluer l’attitude minable du jeune homme vêtu de blanc qui a assisté à la chute de la dame sans bouger le petit doigt, à coup de « C’est toi qui avais raison, mon frère ».

Déjà victime dans sa chair et dans son esprit, ayant échappé de peu au trépas… Cette femme doit désormais subir l’infamie pour avoir refusé de poursuivre judiciairement sur son mari.

Pourtant à bien regarder cette vidéo, on lit dans la voix de cette femme, autant que dans ses propos et dans les grands gestes qu’elle fait, un profond désespoir ; un appel au secours, une grande perdition psychologique.

La seule phrase de son propos qui soit digne de sincérité, c’est « Vraiment, je suis dépassée ». Car oui, cette femme est dépassée, engloutie comme de nombreuses autres dans le vortex des réalités féminines et africaines qui empêchent les femmes de s’assumer et prendre leur responsabilité devant la société ; laquelle porte elle aussi sa part de culpabilité.

2- LA SOCIETE : CE GENERATEUR DE VICTIMES…

En réalité, au tribunal de la morale, cette femme est coupable de ne pas présenter son mari comme le bourreau de femmes qu’il est supposé être (présomption d’innocence oblige, on ne peut rien affirmer). Si tant est-il que l’enquête se poursuit et qu’il est avéré que Monsieur T. D. est un homme violent, que les témoignages des voisins sont validés par l’information judiciaire, alors cette femme aura raté l’opportunité de changer ne serait-ce qu’un peu le destin d’innombrables femmes battues en Côte d’Ivoire.

Mais peut-on la condamner aussi facilement ? Qu’est-ce qu’une femme dans la société ivoirienne ? Africaine ? Mondiale ? Cette femme avait-elle les moyens nécessaires pour comprendre qu’elle était avant tout une victime[11] ?

Savait-elle que compte-tenu du contexte et des réalités sociétales, son combat était aussi celui de nombreuses autres femmes ?

Sans doute pas. Ce que cette femme essaie de sauver, c’est son couple, son foyer, le seul rempart contre la vie de misère qu’elle serait (peut-être) obligée de mener sans Monsieur T. D. son (supposé) bourreau et aussi sa seule boussole.

Car il y a fort à parier que cette femme, comme beaucoup d’autres, dépend entièrement de son mari au quotidien. Cette absence d’autonomie financière et de capacités à l’indépendance sociale la harnache solidement à son foyer, donc à ce mari décrit comme violent.

Son expression orale assez indigente littéralement trahit une instruction de niveau scolaire, collégien au plus. Cette façon qu’elle a de supplier (demander pardon) et les grands gestes qu’elle m’y font voir une éducation traditionnelle très conservatrice dans laquelle la femme est soumise au mari, même si celui-ci s’en sert de temps en temps comme un punching-ball.

Les divers témoignages ainsi que les vidéos, ne font pas état de la présence d’enfants au sein du couple. On peut donc déterminer qu’il n’y en a pas. Mais dans de nombreuses autres situations similaires, la présence d’un ou de plusieurs enfants à charge réduit les possibilités pour les femmes battues qui subissent et en plus doivent servir de bouclier à leurs enfants contre la violence parfois doublée d’une cécité enragée du mari.

Mais la difficulté ne s’arrête pas là. En admettant que la victime ait souhaité donner une suite judiciaire à son malheur, elle aurait eu subir les pressions des us et coutumes de la société africaine et ivoirienne : « Eh ma chérie, c’est vrai qu’il t’a frappé. Ce n’est pas bien. Mais tu sais… hum… C’est ton mari oh. C’est le père de tes enfants. On ne met pas son mari en prison. S’il va en prison aujourd’hui là, vous allez faire comment ? Et puis faut penser aussi à ta belle-famille ? C’est lui qui s’occupe d’elle. Que vont-ils devenir ? Les enfants ne vont plus voir leur Papa… C’est vraiment ça que tu veux ? » ; ainsi se décrit un exemple type de jugement-conseil que les femmes battues reçoivent régulièrement, les obligeant à penser aux conséquences des suites judiciaires pour les autres, plutôt que pour elles-mêmes. On en vient même à utiliser les enfants comme moyen de pression psychologique pour faire renoncer la victime. Il ne s’agit pas de nier que l’opportunité d’un arrangement de la situation est toujours saisissable et que la famille peut être aussi le théâtre de certains « drames » qui demeureront enterrés dans le cimetière des secrets des conjoints. En tant que fervent « droit-de-l’hommiste« , il m’est difficile de l’écrire et de le concevoir… Mais je peux « comprendre » qu’un incident isolé ne fasse pas l’objet d’une suite judiciaire. Surtout dans la société africaine.

Cependant, comme le disait fort bien une publication que j’ai observée sur les réseaux sociaux : « […] le premier coup est le coup de trop ».

A ces pressions sociétales s’ajoutent les menaces et tensions familiales dont la femme battue peut être l’objet si elle décidait de poursuivre son bourreau devant les instances judiciaires compétentes. Des menaces de la belle-famille par exemple : « […] Donc notre fils t’a épousé là, c’est pour que tu le mettes en prison. Il t’a fait quoi ? A cause d’une petite gifle il t’a donné là on ne peut plus respirer ? Hein… ! Toi-même tu sais que tu n’es pas une bonne femme. Notre enfant n’est pas violent. Mais c’est avec toi seulement qu’il connait des problèmes. Il nous a souvent dit qu’un jour il allait avoir des problèmes à cause de toi. Voilà ça. Ce jour-là est arrivé. Vraiment… débrouilles toi pour le sortir de là. Retire ta plainte, on va régler ça en famille. Parce que s’il va en prison, tu auras affaire à nous. » ; voire de la famille : « […] Ma fille toi aussi… Ce sont des choses qui se règlent en famille. Tu es allée mettre ça devant la police, la justice… Tu as mis nos fesses dehors… Que vont penser les gens de notre famille maintenant ? Ils vont dire qu’on a éduqué une fille qui met les gens en prison… Et puis si ton mari est en prison, il ne peut plus travailler… Qui va s’occuper de tes enfants ? Tu vas faire comment ? Parce que ce sont des choses auxquelles il faut penser quand on veut aller devant la justice. Vraiment, faut retirer ta plainte, il sera libéré. On va aller demander pardon à notre belle-famille et régler la situation. Tu vas retrouver ton foyer. ». Et c’est ainsi que la victime de violences conjugales se transforme en coupable ; une coupable qui doit parfois expliquer à ses enfants sans parvenir à les convaincre les raisons pour lesquelles elle a déposé une plainte contre leur Papa.

Voilà un peu ce à quoi doivent faire face des milliers de femmes, (voire des millions) en Côte d’Ivoire et en Afrique, voire dans le reste du monde. La forme change parfois, mais la pression est la même.

Mélangez tout cela avec une bonne dose d’analphabétisme, d’ignorance des droits, des défauts des forces de l’ordre dans la prise en compte des plaintes et dans la protection des populations vulnérables ; et vous avez de nombreux drames – souvent tragiques – qui se déroulent dans le silence coupable de notre société.

Sans oublier qu’en Côte d’Ivoire, comme dans de nombreux pays d’Afrique, la nécropsie n’est pas une pratique systématique ; du fait notamment des nombreuses traditions religieuses et culturelles liées aux célébrations funéraires. De nombreuses femmes donc meurent probablement sous les coups de leurs maris et les criminels continuent de déambuler fièrement en société, convaincus de leur innocence et assurés de ne jamais être rattrapés par la justice (des hommes).

Le constat est clairement négatif aujourd’hui. Il est même désespérant.

D’ailleurs au cours de l’écriture de cet article, un autre cas de violences conjugales a été relevé dans la ville de Katiola (au nord de la Côte d’Ivoire). Les stigmates sur le visage de la victime en disent long sur la violence inouïe d’un mari en état d’ébriété et qu’elle a dû subir, Dieu seul sait, pendant combien de temps. Cette énième victime doit son salut à l’intervention prompte des forces de police locale sur la base d’une information anonyme[12]. Mais, tout en concédant avoir été victime des violences de son mari, elle a, elle aussi, refusé de déposé plainte.

Des victimes comme cette femme sont nombreuses et le seront tout autant à ne pas porter plainte. Mais le combat pour le respect des droits de la femme, de son corps et de son esprit ne saurait pâtir de ce constat qui, au-delà de la tristesse qu’il peut susciter chez les plus fervents défenseurs, doit aussi être une véritable source de motivation. Ces victimes doivent être soutenues, car leur premier problème dans la majorité des cas est d’ignorer tout simplement jusqu’au concept même de victime, et donc leur statut, leurs droits et les devoirs de la société à leur égard.

Les solutions existent, semblent connues de tous, mais sont en réalités mal manœuvrées.

D’après les statistiques mondiales, jamais dans l’histoire de l’humanité, autant de femmes sont allées à l’école. On peut imaginer que l’Afrique bénéficie également de cette réalité. Toutefois, la pauvreté et les inégalités sociales ne permettent pas à toutes les femmes d’avoir un cursus académique suffisamment long (et une éducation adaptée) pour « développer un esprit critique » et faire la part des choses entre leurs droits et leurs devoirs. Une sensibilisation supplémentaire renforcée et permanente peut être un préalable. Une sensibilisation à destination des femmes, mais aussi et surtout à destination des hommes.

Car même si les hommes battus sont également concernés par le fléau des violences conjugales – et ce au-delà du fait que la situation donne souvent (et assez injustement) à sourire – l’écrasante majorité des victimes est féminine.

L’écrasante majorité des délinquants est masculine. La donne est donc assez claire.

Mais il ne suffit pas simplement de renforcer la sensibilisation. En effet une bonne sensibilisation s’accompagne d’une bonne exemplarité. Le renforcement de l’arsenal législatif pénal en matière de répression des violences conjugales peut être un bon moyen dissuasif pour les délinquants. Une augmentation importante des peines privatives de libertés et des amendes, la création d’un fichier national des violences conjugales répertoriant les hommes et les femmes coupables de tels agissements.

Par ailleurs la création d’un dispositif national d’accueil et de mise à l’abri en collaboration avec les associations qui militent pour cette cause peut être une solution sérieuse et offrir une perspective conséquente aux victimes, qu’elles envisagent des suites judiciaires à leurs situations ou non.

Il y a assurément du travail et beaucoup d’efforts à fournir pour faire cesser sinon, réduire sérieusement les cas de violences conjugales en Côte d’Ivoire. Mais comme de nombreux fléaux sociaux, il est de la responsabilité de chaque citoyen de protéger les victimes ; de la responsabilité des instances judiciaires de poursuivre les fautifs et de les sanctionner sévèrement (mais humainement aussi) ; de la responsabilité des victimes d’ouvrir la voie à la justice ; et de la responsabilité de la société d’être plus prévenante, plus consciente et plus conséquente face à cette réalité.



[1] Prise depuis le balcon d’un immeuble en face avec un angle biaisé.

[2] La scène se serait déroulée aux alentours de 3h du matin

[3] Il s’agirait du vigile selon le témoignage du propriétaire de l’immeuble

[4] « Provoquer un secours » : Appeler les urgences par exemple.

[5] Témoignage recueilli par un reportage de la chaîne RTI 1

[6] Reportage RTI, ibid.

[7] Idem.

[8] Yopougon-MICAO, ABIDJAN

[9] Reportage RTI, ibid.

[10] Vidéo enregistrée par la victime > Voir ici.

[11] Notons qu’un rapport circulant sur les réseaux sociaux et attribué à la Commission Nationale des Droits de l’Homme (sans qu’on ait pu formellement le vérifier) corroborait cette déclaration de la victime. Mais le fondement des explications était d’une indigence rare et à peine croyable. Comme le fait que l’état d’ébriété présumé de la victime ait été vérifié par une simple inspiration de l’odeur du vomi de la dame, et non par un test sanguin. Le lendemain de cette déclaration de la CNDH, une délégation du Ministère de la Famille, de la Femme et de l’Enfant rendait visite à cette dame présumée victime pour lui apporter soutien moral ainsi que des vivres. Deux institutions poursuivant les mêmes objectifs et pourtant deux attitudes différentes.

[12] Bien entendu, nous parlons dans l’hypothèse où la culpabilité de Monsieur T. D. est réelle et irréfutable

[13] Publication du compte Facebook de la Direction Générale de la Police Nationale – Côte d’Ivoire

Crédits Images

Par ordre d’apparition

1- © Ayana Webzine

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