Afrique Kader S. LE - Longs Formats Santé Société Tous

LOCHT-MIRA EN DÉBAT SUR LCI : LE VACCIN BCG AU CŒUR D’UNE FAUSSE POLÉMIQUE SUR FOND INFORMATION PARCELLISÉE

Par Kader S.

« Les mots ont un incroyable pouvoir ; A condition que l’on écoute. »

Takahashi RYŌSUKE, in Initial D.

Si vous aussi, vous croyez mordicus à l’idée qu’une campagne de tests d’un vaccin est prévue en Afrique dans le seul but de vérifier son efficacité AVANT d’aller l’utiliser en Europe ; et que rien ne saurait vous pousser à tempérer cette idée, vous pouvez arrêter la lecture dès à présent car tout ce qui va suivre révélera à quel point vous aussi vous avez peut-être manqué de recul et de jugeote sur cette fausse polémique. Ne vous frustrez pas de ma remarque. Je pense être la personne qui manque le plus jugeote dans cette histoire. Car je me prépare à écrire quelques lignes dont je sais pourtant qu’elles ne raisonneront pas les plus enlisés. Mais l’espoir fait vivre… Il me motive.

Pr. Camille LOCHT (à gauche) – Pr. Jean-Paul MIRA (à droite)

Le 2 Avril 2020, alors que la pandémie de la maladie à Coronavirus (COVID-19) frappe sérieusement le monde entier et que les Etats tentent par tous les moyens d’endiguer ce phénomène, deux experts de la santé discutent sur une chaine de télévision française qui s’appelle LCI (chaine info du groupe TF1). A droite de l’écran, le Professeur Jean-Paul MIRA, Chef du service de réanimation de l’hôpital Cochin à Paris, et à gauche le Professeur Camille LOCHT, directeur de recherche à l’INSERM (Institut National pour la Santé et la Recherche Médicale – France).

Il s’agit d’une discussion classique entre deux experts à la télévision, d’autant plus en cette période où le COVID-19 suscite une inquiétude générale et de nombreuses questions. Parmi celles-ci, les perspectives thérapeutiques contre la maladie.

Le caractère urgent du traitement de l’information sur les chaînes du même nom, est de nature à créer la polémique. Quant à cela, s’ajoutent des erreurs de communications – comme ce fut le cas pour l’hydroxychloroquine et le Professeur Didier RAOULT – les polémiques enflent plus facilement.

1- POURQUOI LE BCG ?

Revenons donc à cet échange entre ces deux experts – LOCHT et MIRA – qui discutent à présent d’une information selon laquelle, le vaccin BCG – vaccin bilié de CALMETTE (Albert) et GUERIN (Camille) habituellement administré aux nouveau-nés pour les prémunir contre le bacille de Koch, responsable de la tuberculose – pourrait avoir un effet « immunisant » contre le COVID-19. Ces experts discutent de la perspective qui semble sérieuse et efficace, mais aussi de la nécessité de vérifier l’hypothèse en faisant des tests cliniques de grande ampleur. Ce vaccin a tout de même plus de cent (100) ans aujourd’hui.

Revenons donc à cet échange entre ces deux experts – LOCHT et MIRA – qui discutent à présent d’une information selon laquelle, le vaccin BCG – vaccin Bilié de Calmette (Albert) et Guérin (Camille) habituellement administré aux nouveau-nés pour les prémunir contre le bacille de Koch, responsable de la tuberculose – pourrait avoir un effet « immunisant » contre le COVID-19. Ces experts discutent de la perspective qui semble sérieuse et efficace, mais aussi de la nécessité de vérifier l’hypothèse en faisant des tests cliniques de grande ampleur. Ce vaccin a tout de même plus de cent (100) ans aujourd’hui.

Pour rappel, ces deux hommes évoquent le sujet parce qu’en Australie, un test clinique concernant le BCG portant sur près de quatre-mille (4000) personnels soignants[1] va être lancé et l’échantillon assez important devrait permettre de vérifier la réalité de cette hypothèse. L’Allemagne, le Royaume-Uni et les Pays-Bas sont également en train de préparer des essais cliniques sur les personnels soignants. En France, c’est une équipe de l’Inserm dirigée par le Professeur LOCHT (donc) qui se prépare à initialiser des essais cliniques sur les mêmes sujets.

Dans une interview accordée au Point le 28 Mars 2020, le Professeur LOCHT disait d’ailleurs : « […] Je tiens d’emblée à préciser qu’il est indispensable de mener des études cliniques pour évaluer scientifiquement les effets du BCG sur le coronavirus. […] Auparavant, beaucoup de gens l’ont reçu dans leur prime enfance. L’immunité induite par le BCG étant est d’environ 5 à 7 ans, leur protection – si elle existe encore – doit être très faible. Mais une nouvelle injection peut « réveiller » l’immunité en quelques heures ou quelques jours. Et pourquoi pas aider ainsi l’organisme à se battre contre ce nouveau virus. Ce ne serait pas la première fois que le BCG aurait des effets autres que ceux sur la tuberculose. »[2].

Le Professeur LOCHT, dans une autre interview (donnée au Quotidien du Médecin) annonçait vouloir recruter mille (1000) volontaires parmi les personnels soignants de France pour les essais cliniques[3].

C’est donc dans ce contexte que les professeurs LOCHT et MIRA échangent sur LCI, jusqu’à cette séquence qui déclenchera les tornades de la polémique et de l’indignation, toutes deux mal avenues et inutiles.

2- « FOURCHELANGUE » DU PROFESSEUR MIRA ET PARCELLISATION DE L’INFORMATION

« Si je peux être provocateur » … On comprend déjà à ces mots, que le Professeur MIRA s’apprête à tenir un discours qui va à minima prêter le flanc à la polémique.

Et d’enchaîner : « Est-ce qu’on ne devrait pas faire cette étude en Afrique, où il n’y a pas de masques, pas de traitements, pas de réanimation ? Un peu comme c’est fait d’ailleurs pour certaines études sur le sida. […] Chez les prostituées, on essaye des choses parce qu’on sait qu’elles sont hautement exposées et qu’elles ne se protègent pas. »

A ces mots, le Professeur LOCHT répond : « Vous avez raison, on est d’ailleurs en train de réfléchir à une étude en parallèle en Afrique. ».

Maintenant que nous avons passé en revue ensemble le contexte et relaté les faits, analysons la séquence.

D’emblée, il apparaît clair que le Professeur MIRA est coupable d’un mauvais maniement des mots. Sa manière de présenter la perspective de tests du BCG en Afrique a clairement laissé sous-entendre que les peuples africains étaient les souris de laboratoires sur lesquels les chercheurs occidentaux pourraient tester des hypothèses médico-thérapeutiques afin de vérifier leur validité et leur efficacité.

Il aggrave cette mauvaise expression en voulant illustrer sa proposition par ce qui avait été fait dans le cadre de la lutte contre le SIDA avec des personnes à risques, des prostituées donc.

L’expression est clairement mauvaise : les mots sont mal choisis et l’absence de clarté dans le propos est de nature à entrouvrir les portes de l’incompréhension.

De ce point de vue-là, l’émotion suscitée par d’une part les propos du Professeur MIRA et l’acquiescement naïf du professeur LOCHT d’autre part, est compréhensible.

Toutefois, si on replace, comme il est question de le faire dans ce développement ces propos dans leur juste contexte tout en déminant le terrain de la polémique, ils apparaissent beaucoup moins scandaleux.

En réalité, sur une interview d’environ cinq (5) minutes, seule une séquence d’une (1) minute a été publiée et massivement partagée sur les réseaux sociaux. Et cette séquence contient essentiellement (à partir de la vingtième seconde) l’échange qui a suscité l’indignation et la polémique. Pourtant, dans les vingt (20) premières secondes, le Professeur LOCHT explique clairement qu’« il s’agit d’une étude à grande échelle dans plusieurs pays étrangers […] ». Mais passons…

Ensuite, il faut savoir que dans le début de l’interview (qui n’est donc pas dans la séquence incriminée), le Professeur LOCHT rappelle que le protocole de test consisterait (entre autres modalités) à faire vacciner les personnels soignants qui sont les plus exposés puisqu’étant au contact direct des malades, consolidant ainsi la validité de cette hypothèse sur le BCG.

C’est ce caractère « exposé » du sujet de test qui trouvera écho dans l’esprit du Professeur MIRA, lequel considérant (à tort ou à raison ; à vous de voir) que les populations africaines n’ayant pas de masques, de gants, de traitements et avec un accès ultra limité aux soins de réanimation, pouvaient être considérées comme particulièrement exposées au risque de contamination et donc pouvaient faire l’objet d’une étendue de ces essais cliniques. Evidemment, si l’on n’a pas écouté le début de l’échange (ce qui est le cas pour la quasi-totalité de ceux qui se sont indignés) on est convaincu que le Professeur MIRA perçoit l’Afrique comme un vaste réservoir de cobayes humains. Il est clair que son illustration par rapport au SIDA et aux prostituées a clairement accentué ce sentiment, même si de toute évidence celui-ci était faussé par une vidéo séquencée qui ne montre pas l’entièreté des propos : élément pourtant indispensable pour porter un jugement complet.

Ensuite, le professeur LOCHT, dans sa naïve réponse, à tout de même dit : « Vous avez raison, on est d’ailleurs en train de REFLECHIR A UNE ETUDE EN PARALLELE en Afrique. ».

Ce « Vous avez raison » est choquant. Car la proposition pour le moins approximative et tendancieuse du Professeur MIRA n’aurait pas dû faire l’objet d’une validation aussi simple. C’est un peu nier leurs droits aux peuples africains d’être d’accord ou pas. Mais nous l’avons dit, le Professeur MIRA est coupable de sa mauvaise expression. Il le paye par cette polémique sur son nom dont il se serait bien passé. Nous n’allons pas le sentencier davantage, d’autant que le CSA a reçu de nombreux signalements concernant cette séquence. Nous verrons dans un futur moyen s’il y a des suites administratives et judiciaires pour lui (avec peut-être en prime une nouvelle polémique).

Toutefois le professeur LOCHT a rajouté qu’une REFLEXION A UNE ETUDE PARALLELE en Afrique était en cours. On comprend bien que ce n’est pas acquis du tout. A ce jour, l’INSERM continue d’« ENVISAGER » simplement d’étendre ces tests à l’Afrique. Et c’est bien de cela qu’il s’agit dans l’expression « ETUDE EN PARALLELE ». Il ne s’agit pas d’exécuter des tests en Afrique et ensuite d’en exploiter les résultats dans le reste du monde. NON !

Il s’agit de réaliser des tests PARTOUT DANS LE MONDE, Y COMPRIS (PEUT-ÊTRE) EN AFRIQUE. La nuance est de taille. Et c’est bien ce qu’entendait faire passer comme message, le Professeur LOCHT dans sa réponse. Mais le séquençage de la vidéo d’origine, n’a pas permis à tous de saisir cette nuance.

L’Inserm se verra d’ailleurs obligée de communiquer sur ce sujet : 

« […] L’Inserm tient à faire savoir que Camille LOCHT comprend l’émotion suscitée depuis hier liée à son manque de réaction aux propos tenus par son interlocuteur sur LCI lors d’une émission diffusée en direct.  […] Il s’en excuse et tient à préciser qu’il n’a tenu aucun propos raciste. Le seul but de son intervention était de confirmer que l’épidémie a une ampleur mondiale et que tous les pays devront pouvoir bénéficier des fruits de la recherche en espérant que l’expérience des premiers pays touchés permette de protéger encore mieux les autres. […] L’Afrique ne doit pas être oubliée ni exclue des recherches car la pandémie est globale. Si les essais internationaux étaient concluants, le vaccin BCG pourrait être une grande aide pour protéger les soignants […] »[4].

Communiqué de Presse, INSERM

C’est donc de ce manque de recul, de jugeote, et cette nécessité malsaine de privilégier l’urgence de l’information à son analyse, qui a suscité cette vague d’émotions vaine et inutilement chronophage.

Bien entendu, le Professeur MIRA n’a pas aidé par son mode d’expression, mais si seulement, la folie de foule s’était arrêtée à cette erreur interprétation, on aurait pu s’en satisfaire. Il n’en sera rien.

3- INFOX, CONFUSIONS ET AMALGAMES : LES NOUVELLES PARASITOSES DE L’INTELLIGENCE COLLECTIVE

La polémique étant lancée, de nombreuses réactions ont eu lieu : des menaces, des indignations, des accusations de racisme (bien qu’il soit difficile d’y voir du racisme), des condamnations par des personnalités publiques, la saisine du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA), des pétitions, le communiqué de l’INSERM, etc. Sans parler de la levée générale de boucliers partout en Afrique où cette séquence vidéo s’est aussi rapidement répandue que la mauvaise interprétation dont elle est l’objet. On a tout eu.

Puis il y a eu des tweets que l’on attribue au Professeur Jean-Paul MIRA. Le premier est le suivant :

Ce Tweet est un FAUX!

Ce tweet est paru quelques heures seulement après le début de la polémique. On sait qu’il a été posté il y a huit (8) minutes. Il est donc impossible à dater et à authentifier. Il y a toutes les raisons de penser que c’est un FAUX. Aujourd’hui n’importe qui peut créer un compte sur un réseau social de son choix sous le nom qui lui plaît. Il est impossible d’affirmer avec certitude que cette capture d’écran est authentique et que le tweet qu’on y voit est bien écrit par le Professeur MIRA. Il est évident que les propos qu’il a tenu à la télévision ont suscité une immense colère chez ceux qui en ont fait une interprétation exagérée. Laquelle colère les aveugle désormais et les empêche de prendre du recul.

En effet, pour qui est rompu aux écrits nauséabonds de certains partisans du Rassemblement (Front) National ou celui de certains suprématistes et autres racistes, ce tweet apparaît clairement comme une de leurs œuvres. L’utilisation du verbe « nuire » en corrélation avec l’utilisation d’« africain » comme appellation générique pour les noirs de peau est une signature. C’est en tout cas l’analyse que je m’en fais. Simplement parce qu’il est impossible, par ailleurs, de vérifier avec certitude que ce compte Tweeter est celui du Professeur MIRA (nous l’avons dit, ce peut être celui de n’importe qui). Ensuite, le fait qu’on nous présente la capture suivante du supposé compte du Professeur MIRA comme étant restreint d’accès juste après la publication du précédent tweet, comme preuve de l’authenticité de celui-ci, est largement insuffisant.

Cette capture est impossible à authentifier. Mais le Pr. MIRA a bien fermé son compte suites au flot d’injures qu’il a reçu.

De nombreuses personnes se sont laissées abuser par la présentation du profil : une photo du Professeur MIRA, un bandeau de couverture affirmant son appartenance au service de réanimation de l’hôpital Cochin, etc. Bien que les indices soient importants, rien de tout cela ne permet d’affirmer avec une certitude irréfutable qu’il s’agit bien du compte du Professeur MIRA. Cela parce que le symbole de vérification des comptes authentiques n’apparaît pas sur celui-ci. Ce qui signifie que Twitter ne peut pas garantir que ce compte appartient véritablement à la personnalité incriminée. Mais en admettant que ce soit le cas, personne ne peut démontrer que le tweet et le compte présenté sont reliés. Car sur la photo ci-contre, on peut voir deux adresses de compte. La seconde est « @Jean_paul_miras » et sur la première en dessous du nom, il semble y avoir une légère distorsion qui résulterait d’une manipulation pour effacer le « S » de la véritable adresse.

En clair le doute est raisonnable et ne permet d’affirmer que ce compte ou ce tweet sont de lui. Par ailleurs, il a pu verrouiller son compte en raison de vagues d’injures qu’il a dû encaisser. Mais il y a eu un autre tweet largement relayé sur les réseaux sociaux:

Un autre FAUX tweet dont le Pr MIRA n’a jamais été l’auteur.

Comme on le voit, le Professeur MIRA, à qui on attribue ce tweet, semble se moquer de la polémique suscitée par ses propos maladroits et nargue littéralement les populations africaines en donnant une date de début des tests cliniques concernant le BCG. Plusieurs Etats Ouest-africains notamment (qu’il ne cite pas) auraient donné leur accord moyennant une enveloppe conséquente pour couvrir d’éventuels dommages. La première remarque qu’on fait sur cette capture, c’est sa mauvaise qualité. Cela résulte probablement d’une manipulation destinée à modifier la structure de l’image. Ensuite, on remarque que l’adresse du compte qui a tweeté « @Jean_Paul_Mira » est différente de celle du compte qui est restreint d’accès « @Jean_paul_Miras ». Il y a donc un « p » minuscule qui remplace la majuscule et le « S » a disparu. Enfin, sur ce tweet, on remarque bien la date et l’heure, alors que sur le premier tweet, on ne pouvait pas le voir. Sans parler du caractère profondément mensonger et volontairement grotesque et dédaigneux des propos qui y sont tenus. Tout dans cette capture permet de conclure qu’il s’agit d’un FAUX. Il n’a pourtant pas été compliqué de trouver des personnes prêtes à jurer qu’elles avaient pu vérifier ces tweets, leur contenu et leur origine. Certains sites internet les ont même relayés.

En outre une première confusion viendra alimenter l’incendie de la polémique en prétextant que cinq (5) pays d’Afrique avaient d’ores et déjà donné leur accord pour le test du vaccin BCG ; en écho donc au faux tweet attribué au Professeur Jean-Paul MIRA. En réalité il s’agit du projet APHRO-COV, « un dispositif visant à améliorer la veille sanitaire et la prise en charge des cas suspects dans 5 pays d’Afrique (Burkina-Faso, Côte d’Ivoire, Gabon, Mali, Sénégal), en collaboration avec les laboratoires hospitaliers, les CHU et les Instituts nationaux de santé publique locaux. […] ce dispositif ciblera les laboratoires, les [structures] d’alerte précoce, les services cliniques et, via une sensibilisation et une communication renforcée, toute la population. Le montant de la subvention accordée par l’AFD à l’Inserm dans le cadre de ce nouveau projet s’élève à 1,5 million d’euros. »[5]. Cela n’a donc strictement rien à voir avec les tests relatifs au BCG.

Une deuxième vague de confusion s’est également levée lorsqu’au cours de l’émission TPMP du 02 Avril 2020, l’un des chroniqueurs a affirmé que vingt-quatre (24) pays africains avaient donné leur accord pour tester le vaccin BCG et qu’il tenait pour source, le média « Jeune Afrique ». Après avoir passé à la brosse de soie la base de données accessible de Jeune Afrique, je n’ai pas trouvé le moindre article qui permette de corroborer son affirmation. Cependant, un article présent sur le site « La Tribune Afrique » est intitulé « Covid-19 : 24 pays d’Afrique prêts à effectuer des tests »[6]. Ce titre en lui-même ne précise pas s’il s’agit du test lié au BCG ou s’il s’agit simplement de tests de dépistage du COVID-19. Mais la lecture des premières lignes de cet article, lève le doute et révèle qu’il s’agit de simple tests de dépistage. Par ailleurs, l’article date du 21 Février 2020.

Tout permet de démontrer donc que cette polémique était inutile, voire évitable ; et que les tweets présentés comme ayant été produits par le Professeur MIRA sont probablement faux, à tout le moins invérifiables. Ils ont juste servi à verser de l’huile sur le feu de la colère des personnes qui ont été blessés par la maladresse des propos de Monsieur MIRA.

Le Professeur MIRA quant à lui, s’en est excusé dans un communiqué publié par l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) : 

« […] Je veux présenter toutes mes excuses, demander à celles et à ceux qui ont été heurtés, choqués, qui se sont sentis insultés par des propos que j’ai maladroitement prononcés sur LCI cette semaine, leur présenter mes excuses les plus sincères, parce que ces propos ne reflètent en rien ce que je suis, ce que je fais au quotidien, depuis maintenant 30 ans »[7]. Et l’AP-HP d’ajouter : « […] L’AP-HP avec Université de Paris prennent acte de ces regrets et condamnent toute prise de position qui, à tort ou à raison, pourrait être interprétée comme péjorative vis-à-vis de pays africains et s’engagent à l’inverse à continuer à participer aux initiatives les plus utiles pour les soutenir d’un point de vue scientifique et médical. »[8]

Communiqué de Presse, AP-HP.

Finalement, la polémique était vaine et chronophage pour par un sou. Le seul reproche que l’on puisse véritablement faire aux Professeurs LOCHT et MIRA est la maladresse dont ils ont fait preuve en s’exprimant. Je pense aussi que l’on peut véritablement reprocher à chacun d’entre nous d’avoir singulièrement manqué de jugeote et de recul face à cette situation. De nombreuses personnalités ont condamnés avec beaucoup de vulgarité et d’indécence ces propos, attisant ainsi la colère du plus grand nombre. Le séquençage de la vidéo et la propagation de fausses informations (notamment sur la base de fausses captures d’écran) n’a pas facilité l’analyse de la situation par les internautes ; cela a même été l’un des terreaux de cette polémique à mes yeux.

En outre, de nombreux sites internet de médias ont largement démentis les fausses rumeurs de tests ayant déjà lieu ou étant prévu prochainement en Afrique[9].

En espérant que vous êtes arrivés jusqu’ici et que vous ayez compris que cette polémique et cette levée de boucliers étaient juste inutiles et évitables pour peu que l’on prenne le temps d’analyser et comprendre, je vous rappelle que le vaccin BCG est un vaccin ordinaire que l’on peut faire à tous les nouveau-nés. Il est vrai qu’il n’est plus obligatoire dans de nombreux pays. Mais à ce jour, le danger que représente ce vaccin est relativement faible comparé à ses avantages.

Bien entendu l’Afrique n’est pas le réservoir de tests des laboratoires scientifiques occidentaux – cette affirmation mérite d’être étudiée (si vous voyez ce que je veux dire) …

Mais toute recherche scientifique d’intérêt mondial, ne saurait exclure l’Afrique. N’ayons pas la mémoire courte et rappelons-nous qu’en Afrique les fonds publics alloués à l’éducation, la santé et la recherche scientifique sont ridicules comparés à ce qui pourrait être véritablement fait en la matière.

Lorsqu’en 2014, le virus Ebola (souche Zaïre) faisait des ravages, ce sont les bien les « Occidentaux » qui ont mis au points des traitements expérimentaux et des protocoles thérapeutiques pour endiguer l’épidémie.

Si des tests doivent avoir lieu en Afrique, les Etats africains auront la latitude de les refuser. Mais un refus de participer à un effort mondial de recherche scientifique, c’est prendre le risque de refuser aussi les retombées de ces recherches.

Lorsqu’on investit aussi peu dans la santé et la recherche scientifique, il vaut mieux réfléchir plusieurs fois avant de prendre ce genre de décisions. Les africains que nous sommes, devons comprendre que nous devons participer EN PARALLÈLE AVEC LE RESTE DU MONDE, à l’effort de recherche pour mater ce COVID-19 !


[1] Voir > https://www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/31948-Coronavirus-l-Australie-suit-tour-piste-vaccin-anti-tuberculose

[2] Voir > https://www.lepoint.fr/editos-du-point/anne-jeanblanc/prevention-du-coronavirus-la-piste-du-bcg-27-03-2020-2369034_57.php#

[3] Voir > https://www.lequotidiendumedecin.fr/actus-medicales/recherche-science/le-bcg-protecteur-contre-le-covid-19-nous-souhaitons-recruter-au-moins-1-000-professionnels-de-sante

[4] Voir > https://presse.inserm.fr/le-vaccin-bcg-pour-combattre-le-covid-19-vraiment/38920/

[5] Voir > https://presse.inserm.fr/coronavirus-lafd-et-linserm-mettent-en-oeuvre-un-dispositif-de-soutien-de-15-million-deuros-pour-lafrique-francophone/38798/

[6] Voir > https://afrique.latribune.fr/politique/2020-02-21/covid-19-24-pays-d-afrique-prets-a-effectuer-des-tests-840275.html

[7] Voir > https://www.aphp.fr/contenu/mise-au-point-suite-aux-declarations-du-pr-jean-paul-mira

[8] Idem.

[9] Voir (par exemple)  > https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/non-il-ny-a-pas-detude-sur-des-cobayes-en-afrique-pour-tester-un-vaccin-contre-le-coronavirus_3898501.html

Crédits Images

1- © LCI

2- © Twitter, Web

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :